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Le Wushu - Philosophie

Le Wushu - Philosophie

Introduction :

Wushu 武术 est le terme générique désignant l'ensemble des arts martiaux chinois. Il se divise en 2 formes de pratiques fondamentales, les enchaînements à mains nues ou avec armes appelés taolu 套路 et les combats libres ou arrangés. C'est au cours d'un long processus d'évolution, de créativité et de développements incessants, subissant simultanément l'influence des différents aspects de philosophie traditionnelle qu'il est devenu une discipline sportive traditionnelle mettant l'accent à la fois sur le travail physique (externe) et spirituel (interne). Le Wushu est un des trésors du patrimoine culturel chinois, il possède une très longue histoire et de ce fait est solidement implanté parmi les masses.

La philosophie antique chinoise est aussi appelée philosophie classique ou philosophie traditionnelle chinoise. Le Yijing, le Daodejing, le Zhuangzi, le Sunzibingfa, le Zhouyi en sont les ouvrages les plus représentatifs. La naissance et le développement d’une culture sont déterminés par une certaine vision du monde et influencés par le courant de pensée philosophique. Or le Wushu étant issue de la culture traditionnelle chinoise il a naturellement beaucoup emprunté à la pensée traditionnelle chinoise et reflète ainsi les particularités de cette dernière, aussi il est nécessaire de connaître les sources philosophiques du Wushu pour en percer les mystères.

Historique :

L'apparition du Wushu remonte à l'époque des sociétés primitives. Pour survivre les Hommes devaient alors chercher de la nourriture, chasser et se défendre des attaques des prédateurs. C'est en repoussant les attaques de ces derniers, à l'aide de branches ou à mains nues, que se sont développées les premières aptitudes au combat, constituant les germes du Wushu.

Par la suite, les progrès dans la fabrication des outils et la fréquence des luttes entre tribus ont accéléré le développement des armes. Ainsi sont apparus les premières lances piques et hallebardes. Parallèlement aux activités productrices et militaires, diverses "danses" destinées à détendre les tendons et les muscles furent créées,notamment "le jeu de cornes", forme de lutte employée par la tribu Chiyou 蚩尤 pour préparer les troupes avant la guerre."Danses" et "jeux de cornes" représentent donc les premières ébauches des arts martiaux.

Au cours des dynasties Xia, Shang et Zhou, les "danses martiales" faisaient partie intégrante de l'entraînement des soldats de l'armée. De même, le tir à l'arc fait partie des "6 arts" enseignés dans les écoles et dés l'age de 15 ans les adolescents sont tenus de pratiquer les "danses imitatives" ce qui montre que le Wushu avait déjà une place importante dans les programmes d'éducation.

Pendant les Printemps automnes, l'essor de la productivité, le développement de l'économie et la succession des conflits entraînent un regain d'intérêt de la société pour les arts martiaux. Au royaume Qi, un arrêté définit la bravoure martiale comme le critère de sélection des sous officiers. Les progrès de la métallurgie provoque des modifications dans la forme des armes, avec prédominance de l'utilisation des armes courtes. L'art de l'épée est alors très répandu et fait l'objet de traités spéciaux, tel le « Discours sur l'épée 说剑篇 » (intégré au Zhuangzi), qui est le premier grand ouvrage sur le sujet en Chine. Tous les ans au printemps et en automne sont organisés des compétitions de jeu de cornes. Ces rencontres à grande échelle accélèrent encore le développement des techniques martiales.

Sous les Qin, les Han et pendant les Trois royaumes, avec la montée du régime impérial, les techniques à mains nues ou armées ont évolué de manière différente. Parallèlement aux aspects offensifs et défensifs se développe l'aspect ludique et sportif avec l'apparition des premiers taolu, danse de l'épée, du sabre de la double hallebarde etc. lesquels demandent beaucoup de force et d'adresse.

Au cours des dynasties Sui, Tang et sous les 5 dynasties, le Wushu, à l'image de la société alors florissante, connaît un essor sans précédent. Le fer remplace le bronze. L'art de la lance, du sabre et de l'épée sont très prisés par le peuple. Les Tang instituent un système de concours militaire et les lauréats reçoivent des titres et récompenses en fonction de leur exploit:"chevalier fougueux","chevalier robuste","chevalier ingénieux"etc. ce qui stimule la pratique des arts martiaux par la population.

Sous les Song apparaissent des organisations d'entraînement aux arts martiaux telles que la Société des Champions (tir à l'arc), la Société des Héros (jeu de bâton), la Société de luttes parmi tant d'autres. Dans les rues, les démonstrations de lutte, de sabre, de bâton, individuels ou en combats arrangés se multiplient et attirent les foules, subjuguées par tant de prouesses. Aujourd'hui encore les lecteurs du ShuiHuZhuan ne cessent d'admirer la virtuosité des 108 rebelles des Mont Liangshan, dressés contre la corruption et la tyrannie des dirigeants de la dynastie Song.

Sous les Yuan, les regroupements de plus de 20 personnes sont interdits et la détention d'armes prohibée, ce qui n'empêche pas le développement du Wushu de suivre son cour, transmis et pratiqué secrètement, à l'abri des regards.

Sous les Ming, se forment plusieurs écoles d'arts martiaux qui se mettent à dresser le bilan théorique des expériences accumulées. Ainsi le Wushu est différencié en 2 grandes catégories, les boxes internes et externes, elles même différenciées en plusieurs styles (Shaolin, Wudang etc.). Les oeuvres les plus représentatives sont le "Nouveau bilan des expériences 纪效新书", le Recueil sur les arts martiaux 五篇 et "Les exercices en dehors des heures de labour 耕余剩技".

Sous les Qing, le Wushu se propage dans la clandestinité par le biais d'organisations secrètes sous couvert de "sociétés" ou "foyers". Les styles les plus pratiqués aujourd'hui (TaijiQuan 太极拳, Baguazhang 八卦掌, Xingyi 形意, Tongbi 通臂 etc.) sont apparus pendant cette période.

I. L’influence de la théorie antique du corps originel 古代本体论 :

La théorie du corps originel est la théorie selon laquelle l’univers et les « 10000 êtres » auraient été crée. Elle définit un domaine de réflexion philosophique auquel les philosophes antiques apportèrent différentes réponses, sous forme de doctrine du taiji, des 5 éléments, de la voie et du Qi ou de l’unité de l’Homme et de la Nature décrivant un matérialisme simple.

1. La doctrine du Taiji :

La doctrine du taiji est issue du livre des mutations. Sun Yingda (dynastie Tang) explique : « Alors que le Ciel et la Terre sont encore indifférenciés, le taiji est la réunion des souffles originels ». L’auteur du symbole du taiji, Zhou DunYi explique quand à lui : « le taiji est l’absence d’extrême Wuji 无极, il se meut et donne naissance au Yang. Le mouvement extrême devient immobilité, il produit alors le Yin. L’immobilité extrême redevient le mouvement, immobilité et mouvement s’engendrent mutuellement ». Le taiji produit le Yin et le Yang qui s’unissent, formant les 4 saisons dont dérivent toutes choses. C’est une description sommaire du processus d’évolution de l’univers. Cette doctrine a exercé une influence directe sur la formation et le développement du Wushu, si bien qu’une boxe en porte le nom. La boxe taiji est un des styles de Wushu, très répandu et apprécié, dont le succès et directement lié au contexte philosophique dans lequel il a été crée et doit se pratiquer.

Selon le symbole du taiji, les anciens utilisaient le plus souvent un cercle vide pour décrire l’absence d’extrémité et symboliser l’univers à l’état non différencié (chaos), Ciel et Terre, Yin et Yang mélangés, ce qui se manifeste de plusieurs façons dans la boxe taiji. Notamment dans la forme des mains englobant un « ballon » , symbole de l’unité originelle engendrant les mutations du Yin et du Yang et mettant en avant la caractéristique principale de cette boxe, la sphéricité. Les mouvements, constitués d’arcs de cercle et de courbes qui s’enchaînent sans coupure à vitesse constante, comme naissant l’un de l’autre matérialise la continuité donc l’absence d’extrémité ou wuji. Enfin, la marche taiji qui est un exercice de déplacement du centre de gravité d’une jambe sur l’autre, autrement dit une alternance de vide associé au Yin est de plénitude associée au Yang matérialise les mutations du Yin en Yang, au même titre que les mouvements d’ouverture et de fermeture, les avancées et les reculs ou ses mouvements souples empreints de fermeté.

2. La doctrine des 5 éléments :

On désigne par « 5 éléments » le bois, le feu, le métal, l’eau et la terre. Les penseurs antiques chinois l’utilisaient pour montrer les rapports entre l’origine de l’univers et sa variété. Cette doctrine est apparue très tôt dans le Zuo Zhuan 左传, le Guoyu 国语 et le Shangshu 尚书. Elle est largement répandue pendant les Royaumes Combattants au cours desquels apparaissent les principes des 5 éléments qui s’engendrent et se contrecarrent.

Ces principes sont basés sur des observations de la vie quotidienne, étroitement liés aux activités de productions. Ainsi il est facile de constater que le bois brûle pour donner du feu. Des cendres et de la terre résultantes on extrait le minerai pour fondre le métal qui est alors liquide comme l’eau. Enfin, l’eau est indispensable à la croissance des végétaux. Les 5 éléments s’engendrent l’un l’autre. Inversement, l’eau éteint le feu, le feu fond le métal, le métal coupe le bois, le bois pousse à travers la terre et les digues en terre arrêtent l’eau. Les 5 éléments se contrecarrent.

Ces 2 principes constituent les fondements philosophiques de la boxe XingYi. D’après la légende, Yue Wu Mu des Song du sud aurait assimilé les talents de certains animaux sauvages qu’il aurait associé aux principes des 5 éléments pour créer cette boxe. Le bois, le feu, le métal, l’eau, la terre représentent 5 techniques de poings (pi 劈, beng 蹦, zuan 钻, pao 炮, heng 横). Les mouvements sont simples et concis, gauche et droite s’alternent en de nombreuses variations, régies par les principes énoncés ci-dessus.

Les penseurs antiques considéraient que l’Homme, au même titre que la Nature, est lié aux 5 éléments. Aussi le système théorique de la boxe XingYi s’est vu enrichie d’une corrélation des 5 éléments et techniques de poings avec 5 viscères (le cœur, le foie, la rate, les poumons et les reins) et les organes des sens ( les yeux, les oreilles, le nez, la langue). Par exemple, le piquan appartient à l’élément métal, il agit sur le nez et les poumons alors que le bengquan appartient à l’élément bois, il agit sur les yeux et le foie etc.

Comme on peut le voir, les principes des éléments qui se contrecarrent et s’engendrent constituent les bases philosophiques, théoriques, et structurelles de la boxe Xingyi.

3. La doctrine de la Voie (Dao道) et du Souffle (Qi气) :

Les réflexions philosophiques de Laozi et Zhuangzi sur la théorie antique du corps originel se manifeste par ses 2 doctrines.

La Voie est le thème principal abordé par Laozi et forme le cœur de son système de pensées. Le terme «Dao» possède 2 sens différents. Le premier est celui de loi, règle ou façon dont les choses sont faites, le second celui de source et nature des 10000 êtres. En effet, comme Laozi l’énonce : « De la Voie naquît un, d’un deux et de deux trois, trois engendrant les 10000 êtres » (Laozi,Sishierzhang).

La théorie du Souffle est la clé de voûte de la pensée de Zhuangzi. C’est grâce au concept du Souffle que Zhuangzi explique la source des 10000 êtres : « le Souffle change et prend forme, sa forme change et engendre toutes choses » (Zhuangzi, « 至乐篇 »). De même il indique les relations entre le Souffle, la vie et la mort : « La vie d’un Homme est comme l’état de condensation du Souffle, le Souffle se condense et il naît, le Souffle se disperse et il meurt. ». On peut donc aussi qualifier le Qi d’énergie vitale.

A partir des Printemps Automnes le Souffle devient un concept philosophique très répandu. Kuang Wennan, chercheur en Histoire de l’éducation physique chinoise a écrit : « Le Dao est la plus fondamentale des caractéristiques du Wushu… …. La cohérence dans l’impressionnante variété des techniques de bases est assurée par quelques règles strictes, en réalité il s’agit du principe sous-jacent, du Dao de Laozi. » . Autrement dit il s’agit de l’immuabilité dans le changement, de règles invariables qui régissent et permettent une infinité de mouvements ; tout comme les lois de la physique, inflexibles mais produisant une infini variété de choses et d’êtres.

Le Qi tient une place importante dans la théorie du Wushu. Il en est la source d’énergie. Les aspects externes du Wushu c'est-à-dire la forme, la pratique, le rythme, la présence ne sont que des manifestations du Qi. De même, comme le précise Zhuangzi, la santé, qu’elle soit florissante ou déclinante, n’est que le résultat des effets du Qi. La qualité du Qi du corps détermine son état de santé. Or la bonification du Qi est le but même du travail interne (méthodes de respiration taoïstes) en Wushu. Dans cette optique, la pratique du taiji exige de faire appel à la volonté pour diriger les activités de l’organisme, notamment en concentrant le Qi dans le bas ventre.

4. La doctrine de l’harmonie de l’Homme et de la Nature :

Une des idées directrices de la philosophie chinoise est cette volonté de l’Homme de vivre en harmonie avec la Nature dont il est issu. On entend par Nature non seulement son environnement extérieur naturel mais aussi son environnement intérieur, le corps que la Nature lui fournit indépendamment de sa volonté. Ainsi son plus grand idéal est d’atteindre l’harmonie sur ces 2 plans, harmonie du corps et de l’esprit et harmonie de l’Homme avec son environnement naturel. Afin de parvenir à cette harmonie l’Homme doit s’identifier à la Nature, l’Homme est comme la Nature. Or le Wushu est un mouvement du corps donc de la Nature, ces deux demeurent étroitement liés. Si on souhaite atteindre le but de la pratique du Wushu il faut donc obéir aux règles de la Nature. C’est le principe de la Voie des arts martiaux.

Ainsi, les styles de Wushu traditionnels accordent beaucoup d’importance aux changements physiologiques qui surviennent lors des différentes saisons et adaptent donc leur méthode d’entraînement en fonction. L’Homme étant issu du monde naturel, toutes variations de ce dernier influence les fonctions corporelles. Aussi afin d’améliorer l’efficacité des entraînements il est indispensable de l’adapter aux 4 saisons, sans quoi le non respect des règles naturelles provoquera des blessures. Par exemple, le Shaolin Bagua wuxinggong 五行功, très répandu dans le Guangdong, comporte une série d’exercices à effectuer selon la saison en cours et visant à renforcer les 5 viscères.

De plus, étudier la Nature, apprendre à l’utiliser et aussi un des points importants de cette doctrine. L’ingéniosité dont la Nature fait preuve au travers de la multitude de merveilles qui nous entourent a toujours était une source d’inspiration pour les Hommes. Notre volonté de l’imiter en est la meilleure preuve. Cela est également vrai pour le Wushu. Des styles tels que la boxe du singe, de la mante religieuse, du tigre, des serres de l’aigle etc. sont le résultat de bilans d’observations minutieuses des déplacements et postures des animaux associés aux techniques de Wushu. Les boxes imitatives ainsi créées possèdent toutes une forte personnalité et des caractéristiques propres qui ont grandement enrichi le contenu du Wushu.

Tout ceci montre que le souci de l’harmonie de l’Homme avec la Nature transparaît aussi bien sur le fond que sur la forme du Wushu.

II. L’influence de la dialectique antique :

Le principe de l’unification des opposés, de réunion de concepts antithétiques interdépendants qui se complètent, est le cœur même de la dialectique antique chinoise et constitue le principe fondamental de la stratégie en Wushu.

1. Théorie du YinYang 阴阳 :

Quand ils sont apparus, ces deux termes désignaient tout d’abord l’ombre pour le Yin et la lumière du soleil pour le Yang. Par la suite les penseurs de l’antiquité en ont élargi le sens pour finalement désigner la dualité, l’ambivalence de la réalité matérielle. Le YinYang est un des domaines les plus essentiel de la dialectique antique chinoise, et le thème majeur du Livre des mutations qui approfondit entre autre l’universalité de cette dualité. Le Yin ( --) et le Yang (-) composent les huit trigrammes dont les superpositions forment les 64 hexagrammes relatant les complexes vicissitudes de la Nature et de la société.

La dualité Yin Yang imprègne la théorie traditionnelle du Wushu, théorie qui comprend entre autre l’explication des techniques, leurs principes et leurs travails, les principes d’attaques etc. En correspondance avec la dualité Yin Yang sont apparus une série de couples antithétiques en relation avec le Wushu : mouvement/immobilité, attaque/défense, souplesse/fermeté, vide/plénitude, ouverture/fermeture, avance/recul, montrer/cacher, plier/tendre etc. Wang ZongYue dans son TaijiQuanJing souligne dès les premières pages que l’essence de la boxe taiji réside dans la maîtrise des couples immobilité/mobilité et fermeture/ouverture.

De nombreux styles de Wushu mettent en avant la fermeté dans la souplesse, le mouvement preste et l’immobilité absolue, le rythme marqué. Par exemple, les 12 formes de la boxe Changquan qui exigent « la mobilité des vagues, l’immobilité de la montagne, la promptitude du singe, la lenteur de la pie lorsqu’elle se pose, l’équilibre du coq en équilibre sur une patte, la rectitude du pin, la rotation de la roue, la souplesse de l’arc » etc. et matérialisent sous différents aspects les relations Yin Yang. D’un point vu stratégique, l’utilisation judicieuse de la relation antagoniste Yin Yang est la clé de la victoire, ainsi « Vaincre le Yang par le Yin, vaincre le Yin par le Yang », « surmonter la force par la souplesse, maîtriser la souplesse par la force », donc d’une manière générale confronter une action à son contraire demeure un principe fondamental du combat.

2. Théorie des 8 trigrammes :

Selon le théorie des huit trigrammes ou Bagua, toutes choses dérivent de subtiles combinaisons des facteurs Yin et Yang. La théorie du Bagua, du Yin Yang et la doctrine du Taiji appartiennent à la même catégorie. En effet du Taiji sont issus le Yin et le Yang, quant aux huit trigrammes du Bagua, ils en relatent les variations. D’un point de vu étymologique, le caractère gua 卦 est composé du caractère gui 圭 désignant un ustensile en jade utilisé par les seigneurs lors des cérémonies et du caractère bu 卜 signifiant « divination ». Les trigrammes se répartissent dans un cercle sur huit directions (Nord, Sud, Est, Ouest plus les 4 angles) selon lesquelles on conjecture les transformations du ciel et de la terre. Les trigrammes sont des ensembles de 3 traits (discontinus pour le Yin et continus pour le Yang) ou yao 爻 superposés de bas en haut, et combinés de manières différentes.

Plusieurs disciplines du Wushu sont en rapport plus ou moins direct avec les trigrammes du Bagua. Cependant, si il existe un style qui applique de manière concrète la philosophie du Bagua et l’emploie en tant que principe directeur, il s’agit bien de la paume du Bagua. C’est un style qui a été créé en s’appuyant sur la doctrine du Bagua. Chaque paume représente un trigramme, donc huit paumes en tout, qui se combinent elles même en 8x8=64 paumes, symbolisant l’infinité des variations. Mais ce sont les déplacements en cercle, les rotations successives droite/gauche, les changements de gardes intempestifs qui constituent la particularité la plus évidente de ce style et manifestent son étroite relation avec cette doctrine. Les pas s’effectuent le long d’un cercle imaginaire, le buste tourné vers le centre. Pendant la marche ce dernier reste fixe et seul la partie inférieure du corps est en mouvement, aussi l’opposition vide plénitude est très marquée. De même les déplacements symétriques, les transitions Yin/Yang, les mouvements extrêmes qui se changent en leur contraire dans un enchaînement ininterrompu témoignent de la redondance propre à la théorie des trigrammes du Bagua.

3. Principe de l’unité du corps xing et de l’esprit shen :

L’unité du corps et de l’esprit appliquée au Wushu s’énonce « maîtriser le corps et l’esprit 形神兼备 » ou « élever à la fois le corps et l’esprit 内外兼修 ». C’est une question philosophique qui repose sur le matériel, le spirituel et la conscience de sa propre existence. Du corps et de l’esprit, lequel prime sur l’autre ? Lequel conditionne l’autre ? Ce problème fondamental n’a cessé de diviser les spiritualistes et les matérialistes au cours de l’histoire de la philosophie. Les philosophes matérialistes chinois Xunzi et Fan Zhen considéraient que l’esprit naît à condition que le corps soit 形具而神生, que l’esprit existe et disparaît avec le corps 形存则神存, 形谢则神灭 et qu’en tant qu’entités inséparables le corps et l’esprit s’influencent mutuellement. Ce sont les bases de l’idéologie de l’unité physico spirituelle.

Cette unité est dans le cas présent une des particularités importantes du Wushu. Corps et esprit sont en Wushu des concepts aux connotations multiples. Du point de vue du caractère xing形, il désigne le corps humain dans sa totalité c'est-à-dire les organes, les membres, les sens donc aussi ses fonctions. Mais il renvoie aussi à la notion de forme, c'est-à-dire la position des mains, du corps, du regard et aux pas. Quand au caractère shen神, il désigne sur un premier plan le côté fonctionnel c'est-à-dire l’esprit, la conscience, les activités de la pensée, sur un second plan les qualités morales comme la bonté, le courage, l’intention etc. Si on établit un parallélisme entre les couples corps/esprit et externe/interne, le corps (ou forme) est la concrétisation externe du mouvement, interne est le contenu spirituel et psychologique. On comprend mieux ainsi la distinction (cf. Historique) effectuée entre styles internes et styles externes : les styles externes mettent l’accent sur l’aspect physique tandis que le travail spirituel (donc interne) est plus important dans les styles internes.

Sous l’influence de cette philosophie, « maîtriser le corps et l’esprit » est devenu un des principes de l’entraînement Wushu. Malgré la pléthore de styles et d’écoles possédant toutes leurs exigences propres, elles s’accordent sans exception sur l’importance de l’unité du corps et de l’esprit. Le Wushu envisage l’Homme comme un ensemble, et c’est naturellement ce même ensemble que sa pratique cible afin de parvenir à « élever le corps et l’esprit ».

Les exigences de la pratique des bases du Wushu sont non seulement très sévères en matière de méthode et de pas, mais aussi en ce qui concerne le travail du Qi et de la respiration et nécessite par exemple de « se concentrer sur le Dantian 丹田* », « d’emplir le bas ventre de Qi » ou d’adopter une respiration ventrale. Ce n’est qu’en combinant ces deux aspects de la pratique qu’elle révèle ses bienfaits pour le corps et l’esprit, qui se coordonnent alors dans un total équilibre.

La démonstration Wushu fait grand cas de l’intention, du tempérament, de l’énergie et de la vigueur. Pour cela il est impératif de « Transmettre l’esprit par la forme ». En effet, les différents mouvements du tronc et des quatre membres constituent l’apparence externe qui se doit de traduire l’intention dans chaque geste. Les postures sont l’aspect visuel du mouvement tandis que l’intention et la vigueur résultent d’une maîtrise consciente de la technique et du rythme. L’esprit shen apparaît alors comme une fonction, un effet de la forme. La manifestation la plus évidente de la coordination corps/esprit est la règle « le regard se porte où la main arrive ». Le regard, qui doit être vif et perçant, suivant les techniques là où elles sont exécutées, traduit alors l’intention et une présence d’esprit permanente du pratiquant. Une absence d’intention ferait perdre aux mouvements tout leur sens en plus de leur ôter toute leur saveur.

« Le corps est la base de l’esprit, l’esprit est ce à quoi sert le corps». Les mouvements de Wushu ne se limitent pas à un simple système de contractions musculaires, mais s’appuie aussi et surtout sur l’extériorisation de l’esprit et du Qi. Un proverbe qui reflète un des principes d’entraînement du Wushu traditionnel dit : « L’intention commande au Qi et le Qi accélère la force ». Il s’agit donc de l’association de l’esprit, du Qi, de l’intention et de la force, montrant que la pratique du Wushu et la philosophie de l’unité du corps et de l’esprit sont intimement liés.

* région située en dessous du nombril à l’intérieur du bas ventre.

Conclusion :

En tant que produit de l’évolution de la civilisation chinoise, le Wushu, est comme on a pu le voir, fortement imprégné de philosophie traditionnelle chinoise, aussi bien dans le fond dont elle dicte les principes de la pratique, que dans la forme qui en résulte et qui en matérialise les concepts. Il est la concrétisation même de la pensée chinoise appliquée au corps humain pour son bien-être, ce qui explique probablement l’attirance très profonde des occidentaux pour cet art, symbole de toute une civilisation.

Bibliographie :

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Jean Schatz/Claude Larre/Elisabeth Rochat de la vallée, Aperçus de médecine chinoise traditionnelle, Desclée de Brower, 1994.

Li Tianji et Du Xilian, Guide des arts martiaux chinois, Waijiaochubanshe, 1991.

Auteur : C.Garrido