Opéra de Pékin

04 avril.

Opéra de Pékin

Sur les bases de l'opéra de l'Anhui et celui du Hubei, l’Opéra de Pékin jingju apparaît il y a environ 200 ans, et connaît alors un grand succès populaire, principalement en réaction au kunqu (opéra de shanghai datant du 16 eme siecle), jugé trop lettré et raffiné. En 1790, la troupe du « Hui ban » monte à la cour à Pékin pour l’anniversaire de l’empereur, et y restera, fusionnant avec d’autres genres, assimilant d’autres spectacles. A la fin du dix-neuvième siècle il y connaît une grande période de faste, jouissant des faveurs de la famille impériale, se représentant dans les campagnes comme à la cour.

L’Opéra connait sa deuxième période de prospérité au début du siècle avec l’apparition des écoles et des grands maîtres, dont les « quatre grands rôles féminins » (toujours tenus par des hommes) : Mei Lanfang (1894-1961), Shang Xiaoyun (1900-1976), Cheng Yanqiu (1904-1958) et Xun Huisheng (1900-1968).

Mei Lanfang est le plus célèbre acteur de l'Opéra de Pékin. Il commence ses études de théâtre à l'âge de 8 ans, et monte sur scène à l'âge de 11 pour 57 ans de carrière. Il sera d’une virtuosité technique et créatif, qui apportera beaucoup de changements aux rôles de dan. En 1919, il part en tournée au Japon avec sa troupe, produisant l’Opéra de Pékin pour la première fois à l'étranger. En 1930, il est aux Etats-Unis et 4 ans plus tard en Europe. Il attirera l'attention du monde sur l'Opéra traditionnel chinois, et inspirera de nombreux scénographes et artistes occidentaux, tel Brecht, qui après l’avoir vu en Russie écrira son essai sur « l’effet de distanciation ».

La notoriété de tels acteurs leur permettra de s'abolir de leur statut jusque lors fort lié à la prostitution masculine. Ces artistes connaîtront néanmoins les persécutions de la Révolution Culturelle, et nombre pièces considérées comme vieilleries à éradiquer seront interdites (toutes sauf les « Neuf Opéras révolutionnaires » insipides imposés par Mme Mao).

Après la réforme et l'ouverture de la Chine, l'Opéra est réhabilité. Petit à petit, les pièces sont à nouveau autorisées, certaines il n’y a pas si longtemps, comme les « pièces à fantômes » considérées comme superstitieuses et encore peu jouée.

L'opera bénéficie aujourd’hui du patronage officiel du gouvernement chinois pour les arts traditionnels. Si le statut des acteurs est reconnu, ils restent assez peu payés ou respectés. Le public du théâtre traditionnel chinois a relativement vieilli, tout comme le public des arts traditionnels en Europe. Une chaîne de télé y est tout de même consacré (CCTV 11), et nombre spectacles de théâtre ou de danse contemporains l’utilisent ou s’en inspirent.

L'Opéra de Pékin est la forme d’Opéra chinois la plus populaire, surtout à l’étranger, mais d’autres genres existent toujours et sont tout aussi intéressantes : le yueju à Canton, le kunqu à Shanghai, le chuanju au Sichuan (spécialistes du bianlian, changement de masques). Les principales caractéristiques de l’Opéra de Pékin sont l'aspect martial affirmé et l’importance des percussions dans l’orchestre (alors que la flûte prédomine dans le kunqu, par exemple). Il combine la littérature, la musique, la chorégraphie, les beaux-arts et l'acrobatie. On distingue généralement deux catégories de pièces, les wuxi ou pièces martiales, et les wenxi ou pièces lettrées. La plupart des pièces présentées aux étrangers (avec des sous-titres en anglais) sont généralement des wuxi pour leur facilité d’abord et la grande impression que font les nombreuses acrobaties.

Les rôles et leur apprentissage :

Les rôles de l’Opéra de Pékin se divisent traditionnellement en quatre branches, elles-mêmes divisables :

Sheng, rôles masculins : il comprend les laosheng (homme âgé, portant la barbe, souvent des empereurs ou grands dignitaires), les xiaosheng (jeune homme, des petits lettrés, qui se distinguent par une voix bien plus haute dans leurs parties de chant) et les wusheng, hommes d’armes.

Dan, rôles féminins, autrefois tenus par des hommes : on trouve les qingyi, femmes nobles et vertueuses, de grandes capacités vocales et utilisant souvent les shuixiu –manches d’eau dans leurs déplacements ; les huashan, rôle difficile créé par Mei Lanfang, entre la qingyi et la huadan elle joue souvent les rôles de personnages surnaturels; les huadan, littéralement « femmes-fleurs » jouent les rôles de concubines, de jeunes filles ; les daomadan, « cavalières à l’épée », souvent en armure ; les wudan, femmes d’armes, rôles très physiques et acrobatiques ; et les caidan ou laodan, vieilles femmes. En général, les trois principaux rôles distingués sont qingyi, huadan et wudan.

Jing, rôles au visage peint (da hualian). Ils jouent les grands généraux, les guerriers, les félons, les personnages surnaturels. Ce sont de grands rôles, demandant des capacités vocales tant que physique (maniement des armes) importantes.

Chou, bouffons, également appelés « petits visages peints » (xiao hualian) en raison de leur maquillage, une petite tache blanche au milieu du visage. On distingue les wuchou, clowns d’armes, un rôle spécialisé dans l’acrobatie, des wenchou, les clowns lettrés qui jouent souvent de jeunes lettrés pauvres un peu grotesques.

Lorsque les enfants commencent leurs études d’Opéra, se sont les professeurs qui les orientent vers tel ou tel type de rôle, et ce pour une spécialisation à vie. Bien sûr, certains rôles peuvent être étudiés en parallèle, et il n’est pas rare de voir des élèves doués mener de front deux spécialisations, comme huadan et daomadan par exemple. Reste que je n’ai jamais vu un wuchou étudier des mouvements de huadan autrement que pour se moquer d’elle… Si la plupart des rôles de femmes sont désormais tenus par ces dernières aujourd’hui, on trouve encore quelques garçons à la voix particulièrement adaptée les étudier.

Les cours sont divisés en tronc commun et spécialités, dans lesquels on étudie les pièces même. Les parties chantées sont enseignées de tête, l’art se transmet oralement, peu de partition et d’écriture… les chants étant souvent en chinois classique (un équivalent de ce que nous pourrait être le latin), les enfants ne comprennent souvent pas un traître mot de ce qu’ils jouent, et le professeur leur donne des indications des sentiments à faire passer. Autrefois le niveau d’étude des acteurs était si bas qu’ils ne savaient pour la plupart pas ce qu’ils jouaient, pour le bon plaisir de l’élite.

Tous les acteurs ont quelque soit leur rôle une formation de base (jibengong) divisée en étirements (yatui gong), maniement des armes (bazi gong) et acrobatie (tanzi gong). La journée commencent par des séances matinales (six heures du matin) dehors assez énergiques… et si l’enseignement n’est pas aussi dur qu’au début du siècle les écoles restent réputées comme parmi les plus strictes et pénibles.

Maquillages et costumes :

L’Opéra est réputé pour ses visages peints, dont le maquillage peut prendre plusieurs heures. Il représente le caractère, la qualité et la destinée des personnages. En général, le visage rouge est mélioratif, symbolise la fidélité et la bravoure ; le visage noir est neutre, symbolise la vigueur et l'intelligence ; le visage bleu et vert est aussi neutre, symbolise les héros ; le visage jaune et blanc est plutôt péjoratif, symbolise la méchanceté et la perfidie ; le visage d'or et d'argent représente surtout les dieux et les monstres, ou le caractère surnaturel d’un personnage.

Le principal problème du port de l’armure d’entraînement d’un wusheng (outre le fait que ce type de costume peut peser jusqu’à plus de 10 kilos) et qu’elle cisaille douloureusement les épaules à ses attaches (avec des cordes).

Le port de ces chaussons a été interdit pendant de très nombreuses années ; elles imitent les pieds bandés et étaient considérées comme « féodales ». Le principe est à peu près le même qu’une pointe de danseuse de ballet, à la différence près qu’il est impossible de poser le pied au sol, les bandes entourant tout le bas de la jambe. Les huadan étudiant une pièce où elles portent ces chaussures doivent les porter toute la journée pendant plusieurs semaines pour s’y habituer…

Auteur : C.Deville

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